Par

Dr Anis Khelifi

·

Medical Operations, France

Le point de vue du Médecin : Vers une médecine plus humaine

L'écran, le patient et moi

Je repense souvent à ces consultations où un patient venait me confier ce qu'il traversait vraiment : un deuil difficile, un epuisement professionnel au travail, des luttes au sein de sa famille, ou parfois même des pensées sombres qu'il n'avait jamais osé partager avec quiconque.

Dans ces moments-là, j'essayais d'être pleinement présent. D'écouter, de donner de l'espace, de montrer que leurs mots comptaient. Mais il y avait toujours cette pression constante en arrière-plan : ouvrir le dossier, taper, documenter, coder, enregistrer.

Non pas par manque d'empathie, mais parce que c'est devenu une réalité incontournable du métier : si ce n'est pas écrit, cela n'existe pas. Et cela crée un fossé entre l'attention que nous voulons offrir et les exigences administratives qui pèsent sur chaque consultation.

Je me suis souvent retrouvé à jongler entre l'écran et le patient, avec le sentiment désagréable de devoir choisir entre la présence humaine et la conformité administrative.

« Je n'ai pas fait médecine pour passer ma journée derrière un ordinateur. »

Ce dilemme est devenu la réalité quotidienne de la plupart des professionnels de santé. La manière dont notre système a évolué a remodelé nos consultations : aujourd'hui, « soigner » ne suffit plus. On attend de nous que nous produisions : des rapports, des lettres, des certificats, des codes de facturation, de la documentation.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, et il suffit de franchir la porte de n'importe quel hôpital ou clinique pour le constater : un epuisement professionnel généralisé chez les travailleurs de la santé, des médecins délaissant leur spécialité ou le système hospitalier, des internes abandonnant avant même de commencer à exercer, et des patients qui sentent clairement que quelque chose s'est perdu dans la relation.

J'ai entendu tant de fois : « Je n'ai pas choisi la médecine pour passer ma journée derrière un ordinateur. » J'ai moi-même prononcé ces mots plus d'une fois.

Ce n'est pas juste une plainte. C'est le symptôme d'un système demandant aux médecins d'être des médecins généralistes, secrétaires, codeurs, logisticiens et écrivains… jusqu'à ce que cela étouffe le cœur même de la profession.

Ce qui donne vraiment de la valeur au soin

Lorsqu'un patient en détresse entre dans la pièce, il ne vient pas pour un code de diagnostic.

Ils ne viennent pas pour une ligne dans leur dossier ou une catégorie dans un logiciel. Ils viennent chercher quelqu'un qui puisse véritablement écouter, les aider à faire le tri dans ce qu'ils ressentent, et leur offrir un regard qui dit : Je suis là avec vous.

Avec le temps, j'ai réalisé que le soin ne peut se réduire à un examen clinique, une ordonnance ou même à la pertinence du raisonnement médical. Le soin, c'est aussi la manière dont on accueille quelqu'un : le ton de notre voix, l'attention que l'on porte, l'espace que l'on accorde à ses paroles, et parfois à ses silences. C'est remarquer ce qui est dit explicitement, mais aussi tout ce qui ne l'est pas : une hésitation, un éclat dans les yeux, une phrase ravalée avant d'être prononcée.

Mais cette qualité de présence exige quelque chose de précieux : la disponibilité mentale. Et c'est exactement ce que le travail administratif grignote, jour après jour… jusqu'à ce qu'une partie de notre attention se déplace, malgré nos efforts, vers ce qui doit être écrit plutôt que vers ce qui est vécu juste devant nous.

En tant qu'interne, j'ai passé d'innombrables heures à taper frénétiquement pendant qu'un patient parlait, de peur d'oublier quelque chose d'important. Je me souviens de ces consultations à double vitesse : le patient déposant quelque chose de lourd, parfois profondément intime, pendant que mes doigts couraient sur le clavier, essayant de suivre le rythme.

C'était un exercice d'équilibre : maintenir le lien humain tout en remplissant la page. Et maintenir cet équilibre trop longtemps finit par vous épuiser. Cela vous éloigne progressivement de ce qui vous a attiré vers la médecine : être présent - vraiment présent - pour quelqu'un qui a besoin de vous.

Le rôle que l'IA pourrait jouer dans les soins de santé

Quand on parle d'IA en médecine, on imagine souvent des innovations spectaculaires : diagnostics automatisés, algorithmes prédictifs, parcours de soins optimisés. Intéressant, bien sûr - mais ce n'est pas ce qui transforme notre pratique quotidienne aujourd'hui.

Le vrai changement est bien plus simple : l'IA peut nous redonner du temps. Non pas pour voir plus de patients, mais pour être pleinement présent avec ceux que nous voyons déjà.

Les IA scribes comme Tandem allègent le poids invisible porté dans chaque consultation. Elles écoutent avec nous, organisent l'information, rédigent le compte rendu médical, gèrent le codage. Essentiellement, elles prennent le relais sur ce qui nous éloignait du patient. L'écran devient un support, non plus un obstacle.

La technologie est là. La vraie question est de savoir comment nous choisissons de l'utiliser. Pour moi, la mission est claire : l'utiliser pour ramener le lien humain au centre du soin. Si l'IA peut restaurer la présence, l'écoute et l'espace mental - ce qui donne du sens à notre travail - alors elle aura accompli quelque chose d'essentiel.

Vers une médecine plus centrée sur l'humain

Nous avons besoin d'une pratique médicale où l'écran ne s'interpose plus entre deux personnes.

Une pratique où les médecins n'ont pas à sacrifier leur pause déjeuner juste pour rattraper la paperasse. Un système où les tâches administratives ne font plus de l'ombre à ce qui nous a amenés à la médecine : être avec les patients, comprendre leur histoire, les soutenir véritablement.

Une médecine où notre énergie n'est plus drainée par des tâches répétitives mais investie là où elle a le plus d'impact : dans la relation. Où le soin ne se fait plus en parallèle du clavier, mais en présence, avec une attention et une clarté mentale disponibles.

Dans cette perspective, l'avenir n'est pas difficile à imaginer : un médecin regardant son patient au lieu de son écran. Un lien humain rétabli au cœur du soin. Une technologie qui absorbe enfin la paperasse et la complexité au lieu de nous éloigner du patient.

Une médecine plus fluide, plus respirable, où l'on redécouvre le sens, la disponibilité et, surtout, la joie d'exercer.

C'est une évolution pragmatique, pas un rêve idéaliste : un système de santé où le lien humain redevient central, parce que la technologie a enfin pris sa juste place.


À propos du Dr Anis Khelifi

Anis est un médecin dont le parcours fait le pont entre la pratique clinique, la santé mondiale et l'innovation en santé. Il a effectué son internat en médecine à Paris tout en suivant une formation spécialisée en soins de santé basés sur la valeur et en innovation. Il a ensuite travaillé en Asie du Sud-Est sur des initiatives de santé publique et de développement, collaborant avec des gouvernements, des ONG et des organisations multilatérales pour renforcer les systèmes de santé. Anis a également été profondément impliqué dans des initiatives de soutien aux communautés défavorisées en Europe et en Asie, renforçant son engagement pour un accès équitable aux soins. Chez Tandem, il apporte son expertise clinique, une perspective mondiale et un engagement fort envers l'innovation centrée sur le patient pour aider à façonner et à déployer des solutions qui améliorent la qualité et l'efficacité des soins.

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